Tennis et Visualisation
Avant de détailler ses différentes applications pratiques, prenons le temps de définir ce que recouvre la visualisation.
Visualiser consiste à produire consciemment des images internes.
Pour pouvoir visualiser, il faut d’abord avoir vu. Imaginez un enfant qui n’a jamais vu de service. Si vous lui demandez de visualiser un mouvement de service, il en sera incapable.
Quand un joueur dispose d’une référence visuelle externe, sa visualisation peut se faire selon 2 modes :
1/ Le mode “ dissocié “. Le joueur se voit en train de jouer comme s’il était spectateur de lui-même.
2/ Le mode “ associé “. Dans ce cas, il perçoit la situation qu’il visualise comme s’il était acteur.
Intéressons-nous à présent aux applications pratiques de la visualisation et tout d’abord dans le domaine technique.
A ce sujet, il existe un phénomène fort intéressant connu sous le nom d’ effet “ Carpenter “. Une personne qui assiste à un match ou à une démonstration de tennis a une activité électrique au niveau musculaire et cérébral qui correspond exactement aux muscles et aux zones du cerveau activés réellement par les joueurs qu’il observe. Le programme neuro-musculaire qui est activé lors de l’observation visuelle externe se traduit, si l’observateur prend ensuite sa raquette et va jouer, par des sensations de jeu similaires à celles du modèle. De nombreux jeunes joueurs apprennent ainsi par mimétisme à force d’observation, en utilisant inconsciemment l’effet Carpenter. Ce fut par exemple le cas de Pete SAMPRAS qui, dans ses jeunes années, s’est inspiré techniquement d’une cassette vidéo de Rod Laver qu’il visionnait sans cesse.
Au lieu de simplement compter sur le phénomène naturel de mimétisme, la visualisation à visée technique consiste à répéter consciemment dans sa tête les coups observés en suivant une méthodologie précise :
1. Spectateur du modèle :
Je me repasse mentalement le film du modèle choisi.
2. Spectateur de moi-même :
Je me substitue au modèle. Je me vois en train de jouer comme mon modèle.
3. Acteur :
En m’inspirant des 2 étapes précédentes, je mime le geste technique en faisant des gestes à blanc.
L’image technique est d’abord enregistrée dans la tête avant de passer dans les muscles. Ce travail conscient de répétition mentale permet d’accélèrer l’apprentissage technique.
Dans un autre ordre d’idée, l’entraîneur peut utiliser la visualisation pour préparer un match sur le plan tactique. Dans un 1er temps, il définit en concertation avec son joueur un plan de bataille précis tenant compte des forces et des faiblesses de son joueur et de son adversaire. Puis, il demande à son joueur d’imaginer qu’il se trouve sur le bord du terrain et qu’il regarde en anticipation son propre match.
Ce point de vue “ spectateur “ permet d’envisager le match avec le recul et la lucidité nécessaire pour affiner ses choix tactiques. Le joueur peut également se placer mentalement à la place de son adversaire. Il “ devient “ son adversaire et s’imagine en train de jouer contre lui-même ce qui lui permet d’anticiper les éventuelles parades tactiques de son adversaire et de trouver des contre-parades.
Le joueur pourra utiliser le même type de visualisation en cours de match sur sa chaise au changement de côté pour prendre du recul et trouver des solutions tactiques.
Enfin, la visualisation constitue une excellente façon de se préparer mentalement aux différents scénarios de match. Pour commencer, le joueur peut visualiser un scénario de rêve où tout se passe bien. Son plan tactique marche à merveille. Le match se déroule dans la facilité, tout s’enchaîne avec aisance et fluidité. Dans ce 1er type de scénario, le joueur se voit gagner. Il se met ainsi dans un état de confiance pour aborder le match. Puis, le joueur visualise un 2e scénario : le scénario catastrophe. Tout s’enchaîne mal. Il n’a aucune sensation. Son jeu est complètement déréglé. Le plan tactique qu’il avait prévu se révèle totalement inefficace. Le public, les arbitres sont contre lui. Pour couronner le tout, son adversaire joue un tennis incroyable. Face à cette accumulation d’obstacles, le joueur se visualise serein, maître de ses émotions, combatif face à l’adversité et déterminé à jouer point par point jusqu’à la fin du match. Dans ce 2e scénario, le joueur peut s’imaginer avoir perdu 6/0 - 6/0 après s’être battu jusqu’au bout. Il accepte ainsi l’idée de la défaite.
La visualisation précompétitive est une prévision du match. Entre ce qui est prévu et la réalité, il y a parfois un décalage important. Visualiser à la fois le scénario de rêve et le scénario catastrophe permet de poser les 2 points de repère extrêmes des résultats possibles. Cela permet de se mettre en confiance tout en évacuant le stress. Le joueur est préparé aussi bien au meilleur qu’au pire. La réalité du match se trouvera quelque part entre ces deux extrêmes.
La prochaine fois que vous vous trouverez à l’entraînement ou avant un match, si vous hésitez, en tant qu’entraîneur, entre une longue explication et un exercice de visualisation, souvenez-vous qu’ “ une image vaut mille mots...”
Antoni GIROD

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