Le stress de la compétition
Le “ père “ du stress, le physiologiste canadien Hans William SELYE, a défini en 1936 le stress comme étant une réaction de défense de l’organisme permettant de s’adapter à une situation donnée.
Le stress est négatif quand il ne permet pas de s’adapter correctement à la sollicitation de l’environnement. Il devient positif quand il permet au joueur de rassembler ses ressources pour s’adapter au mieux à la situation à laquelle il doit faire face.
Certains matchs étiquetés ” importants “ sont synonymes de nuits d’insomnie, de boules au ventre, de tension nerveuse et d’ irritabilité. Ce sont là les manifestations classiques du stress d’avant-match. De même, sur un point ressenti comme “ important “, le stress peut frapper sous la forme du “ petit bras “, de sueurs froides ou du coeur qui s’accélère. Tout à coup, le joueur devient paralysé par l’enjeu ou se précipite en perdant toute lucidité. C’est le stress qui survient en cours de match sous la pression du moment. Certaines crampes ou blessures sont directement liées à un excès de stress. Le joueur a généré un niveau d’activation trop important par rapport à ce que requiert la situation. On parlera dans ce cas d’ HYPER-STRESS. L’ hyper stress est souvent lié à une sur-évaluation de la tâche à accomplir et/ou à une sous-estimation de ses propres capacités. C’est le cas classique du joueur qui doit affronter un adversaire mieux classé que lui et qui se met à surjouer. Cependant, la même situation peut engendrer un niveau d’activation insuffisant. Face à l’ampleur de la tâche à accomplir et compte tenu de la piètre image que le joueur a de ses capacités, l’ hyper stress peut laisser la place à l’ HYPO-STRESS. Il est ici nourri par la démotivation et le découragement. Le joueur ne cherche même plus à combattre : psychologiquement, il a perdu d’avance.
Mais l’ hypo-stress peut être lié également à une sous-évaluation de la tâche à accomplir et/ou à une sur-estimation de ses propres capacités. C’est par exemple le cas du joueur qui doit affronter un adversaire moins bien classé que lui et qui joue en marchant. Il pense qu’il n’a pas à se montrer combatif car, dans sa tête, la partie est gagnée d’avance. Estimant qu’il n’est pas nécessaire de mobiliser toutes ses ressources, le joueur peut ainsi finir par se placer tout seul en mauvaise posture.
En définitive, le BON STRESS se définit par une activation optimale rendue possible par une juste évaluation de la situation et une juste estimation des ressources du joueur. Le bon stress permet d’agir en utilisant au mieux ses capacités. C’est la clé pour jouer à 100 %.
Nous allons à présent envisager différents moyens pour réguler le stress de la compétition la veille d’un match.
La veille d’un match, ce qui importe, c’est de ne pas se tromper d’objectif, de ne pas se laisser envahir par la pression de l’enjeu. La phrase-clé qui a permis à Amélie MAURESMO de développer une attitude positive dans sa façon d’aborder un match est : “ L’ Enjeu ne doit pas tuer le Jeu. “
Bien sûr, tout joueur motivé a envie de gagner, d’améliorer son classement, de faire un bon parcours dans un tournoi. Néanmoins, pour évacuer la pression de l’enjeu, il doit laisser ses objectifs de résultats en arrière-plan et se concentrer sur des objectifs de jeu. Elaborer un plan tactique, étudier les points forts et les points faibles de l’adversaire pour orienter sa façon de jouer le lendemain tout en restant fidèle à son type de jeu, voilà le meilleur objectif qu’un joueur puisse se fixer la veille d’un match.
Une autre bonne idée consiste à anticiper les obstacles potentiels du lendemain et de prendre le temps de réfléchir aux moyens les plus adaptés à utiliser le lendemain pour surmonter ces obstacles.
Le meilleur anti-stress avant un match, c’est de savoir qu’on a tout fait pour se préparer au mieux et qu’on est prêt à tous les niveaux. La préparation tactique et mentale constitue l’ultime préparation au match. Mais en amont, il y a bien sûr tous les entraînements réalisés par le joueur dans les jours et les semaines précédant le match. Plus il aura emmagasiné au cours de ces entraînements de la confiance dans ses capacités techniques et physiques, et moins il sera vulnérable au stress le jour J.
Une fois que le joueur a établi son plan de jeu et qu’il a élaboré différentes stratégies d’adaptation aux obstacles potentiels du lendemain, il ne lui reste plus qu’à se mettre au lit et à passer mentalement en revue les différentes actions de son plan de bataille, à en visualiser les éléments les plus importants, puis à s’endormir en faisant confiance à sa nuit de sommeil pour achever d’organiser et d’optimiser ce plan.
Au cas où il rencontrerait des difficultés à trouver le sommeil, le joueur peut faire une séance de relaxation musculaire visant à faciliter l’endormissement.
Voici un exemple de protocole :
Allongé dans son lit, les yeux fermés, le joueur effectue 3 respirations profondes, puis :
1/ relâchement front, sourcils, muscles des yeux, joues, mâchoires, visage
2/ relâchement cou
3/ relâchement épaules, bras, coudes, avant-bras, poignets, mains, doigts
4/ relâchement nuque, dos
5/ conscience de la respiration
6/ relâchement thorax, ventre
7/ relâchement hanches, muscles fessiers
8/ relâchement cuisses, genoux, mollets, chevilles, pieds, orteils
9/ conscience de tout le corps détendu
10/ détente mentale avec par exemple image de détente
Il s’agit là d’une technique de régulation psycho-corporelle du stress, complémentaire de la régulation cognitive vue précédemment.
Le lendemain, le jour du match, le stress peut refaire une apparition par exemple en cas d’attente avant le match ou bien d’obstacles imprévus en cours de match. Pour gèrer ces situations, le joueur pourra utiliser d’autres techniques de psycho-régulation. Nous aborderons ces techniques dans un prochain article...
Antoni GIROD

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