La confiance en soi

L’effet de la confiance sur le jeu d’un joueur est tout simplement stupéfiant. Son absence peut transformer le n° 1 mondial en joueur ordinaire. Sa présence peut amener un joueur à la dérive à réaliser des exploits à peine imaginables. Cela relève de l’alchimie. La confiance apparaît comme un véritable catalyseur capable de transformer le plomb en or, de renverser soudainement le cours du jeu d’une manière absolument incroyable.

Qu’est-ce donc que la confiance ?

C’est tout simplement un état interne particulier permettant d’utiliser au maximum son potentiel, voire même de le dépasser. La confiance se met en place à travers 3 mécanismes principaux :


Le premier c’est le processus par accumulation.
Il s’agit d’une réaction en chaîne qui a besoin pour se mettre en route de s’appuyer sur des expériences de réussite. C’est la succession de ces réussites, d’abord à l’entraînement, puis en match, qui amène à prendre confiance en soi. Le joueur sait qu’il peut compter sur ses coups, sur son physique. Il sait qu’il peut gagner des points, des matchs, des tournois. La confiance par accumulation se nourrit de réussites. Elle a besoin de preuves tangibles pour se développer.
En fin d’année, Andre Agassi, à la recherche de sa confiance perdue, est allé recharger ses batteries en gagnant des matchs dans de modestes tournois Challengers. Une finale au tournoi de Las Vegas début novembre et une victoire quelques jours plus tard à Burbank en Californie ont réamorcé chez lui la pompe du succès. Ses résultats en ce début de saison 1998 en disent long sur sa confiance actuelle : une place en 1/8e de finale à l’Open d’Australie, une victoire au tournoi de Scottsdale, une deuxième victoire au tournoi de San José contre SAMPRAS, un quart de finale à Indian Wells et une finale à Key Biscayne.

ACCUMULATION DE REUSSITES
=> CONFIANCE


Le deuxième, c’est le processus par déclic.
Il peut intervenir après une expérience forte de réussite où l’intensité émotionnelle est telle qu’elle imprime immédiatement en profondeur dans le cerveau du joueur un super état interne de confiance. Dès lors, chaque match sera abordé avec un a priori hyper positif.
Patrick RAFTER a connu ce déclic en 1997 lors d’un match de Coupe Davis au mois de fèvrier contre PIOLINE où, mené deux sets à rien, il avait fini par s’imposer et donner à son pays un point décisif. Il pointait alors à la 63e place mondiale. Le bilan de sa saison 1997 ? Une demi-finale à Roland Garros, une victoire à l’US Open et le meilleur classement de sa carrière début 1998 : n°2 mondial.

REUSSITE
+++ => CONFIANCE

A l’inverse, le déclic peut avoir lieu après une expérience négative de forte intensité déclenchant une réaction d’ ”orgueil”, pour peu que le joueur ait en lui un potentiel de jeu suffisant.
Nicolas Escudé, 406e joueur mondial fin 1996, déclarait en 1997 avoir pris conscience de ses possibilités en voyant les exploits de garçons qu’il battait à 16 ans comme Kuerten, Rios ou Costa. Après l’Open d’Australie, son entraîneur, Tarik BENHABILES, raconte comment s’est produit le déclic de son élève :
“ Il avait tout en main pour réussir, il ne lui manquait juste qu’un déclic qui a eu lieu il y a quasiment un an lors d’un satellite à Montrouge. Ce jour-là, il venait de perdre contre Olivier Malcor ( alors à -30 ). Il était effondré, au fond du trou et, au sortir du court, nous avons passé quatre heures et demie à nous entraîner à fond. Dans sa tête, il venait de rompre avec la défaite. “
Entre le Nicolas Escudé du tournoi satellite de Montrouge qui perdait à -30 en fèvrier 1997 et le Nicolas Escudé 1/2 finaliste de l’Open d’Australie, un an à peine a passé. Son jeu, techniquement parlant, n’a pas pu évoluer au point d’expliquer un tel revirement. La différence de performance se situe ailleurs, à l’intérieur-même du joueur. Le français a pris confiance en lui. La comparaison entre ses piètres résultats jusqu’en début d’année 1997 ( dont le point d’orgue fut cette défaite à Montrouge ) et les résultats brillants de joueurs qu’il battait à 16 ans a eu l’effet d’un coup de fouet sur sa confiance. Il a décidé tout à coup de croire en lui.




REUSSITE INITIALE + DEFAITE
- - - => CONFIANCE


Le troisième, c’est le processus de la croyance positive fondamentale.
Il s’agit d’une confiance en soi inconditionnelle et intrinsèque. Elle n’a pas besoin de preuves externes pour s’installer. C’est une confiance aveugle quels que soient les résultats. Le joueur garde en permanence une foi en lui indestructible. Il croit dur comme fer en son potentiel. Cette croyance positive fondamentale est une auto-programmation à la réussite. Elle oriente jour après jour ses décisions, sa façon de s’entraîner, son comportement en match. Le joueur agit en permanence dans le sens de ce qu’il croit.
La championne qui incarne le plus cette croynace positive fondamentale est sans aucun doute Vénus WILLIAMS. Elle a la conviction profonde d’être la future n° 1 mondiale. Elle l’a dit et répété depuis sa première apparition sur le circuit WTA. Elle continue à le dire et à le répéter en toute circonstance à qui veut l’entendre et en tout premier lieu à elle-même. Elle croit fondamentalement en elle, en son talent et en son potentiel et ses résultats semblent lui donner de plus en plus raison. Finaliste de l’US Open en septembre dernier, elle commence à inquiéter sérieusement Martina HINGIS. Depuis le début de l’année 1998, elle compte à son actif 2 victoires sur l’actuelle n° 1 mondiale et vient de remporter le tournoi de Key Biscayne après celui d’Oklahoma City. Elle fait désormais partie du top ten mondial. Ses résultats tendent à s’aligner sur sa croyance de départ. Chez elle, contrairement aux exemples précédents, la confiance ne découle pas de la réussite. C’est même exactement l’inverse.

CROYANCE
+++ => CONFIANCE => REUSSITE


Voici 5 façons très efficaces pour installer, développer et entretenir la confiance en soi :

1/ Pratiquer en toute circonstance l’auto-persuasion positive ( et notamment dans les moments de doute ). Par exemple décider d’une croyance positive sur le service ou le retour de service. Puis se répéter à longueur de temps comme un leitmotiv : “ Mon service est mon point fort “ ou
“ Mon retour est mon point fort. “ Cet a priori positif va influencer ma manière de m’entraîner ainsi que ma façon d’aborder ces coups en match.

2/ Bien se préparer
physiquement, techniquement et tactiquement. Un joueur bien préparé accumule des trésors de confiance. Il sait qu’en match il pourra compter sur lui-même, se faire confiance.

3/ Ancrer les expériences de réussite. Chaque coup réussi à l’entraînement doit être mémorisé. C’est peut-être le premier maillon de la chaîne de la confiance. Chaque point gagné en compétition, chaque victoire, et notamment dans des conditions difficiles, doivent être également enregistrés mentalement. Pour cela, quatre possibilités :
1- ponctuer chaque réussite significative d’un mot prononcé à voix haute ou intérieurement
( par exemple “ Allez.” )
2- marquer chaque réussite significative par un geste ( par exemple serrer le poing ou sauter en l’air à la manière du “ scissor kick “ de Korda )
3- prendre mentalement une “ photo souvenir “ de l’expérience de réussite.
4- prendre l’habitude après chaque match de marquer sur un carnet spécial ( le carnet de confiance ) toutes les réussites significatives du match pour mieux les fixer dans sa mémoire.

Dans les moments de doute, inévitables pour un joueur de compétition, ces mots, ces gestes, ces images mentales ainsi que la simple relecture du carnet de confiance permettent de réactiver très rapidement l’état interne de confiance.

4/ Reconnaître les signaux indicateurs du doute et réagir. Les voyants rouges du doute sont :
- un dialogue interne ou des paroles négatives ( du type : “ je suis nul “. )
- une attitude corporelle négative : tête basse, yeux vers le bas, épaules tombantes, raquette
pendante, respiration courte, démarche traînante.
- des images mentales persistantes de coups ratés, de matchs perdus.

Dès que l’un de ces voyants rouges s’allume, il importe de prendre conscience de l’état interne de doute, de faire la part des choses et d’évacuer le négatif tout en se reconnectant sur le positif.. Pour cela, il suffit d’activer les ancrages de confiance du 2/.

De la même manière, après une défaite ou après une victoire peu glorieuse, souvent porteuses de doute, prendre l’habitude de noter très objectivement le plus tôt possible sur une feuille volante ce qui n’a pas marché. Puis en tirer les enseignements positifs afin d’éviter de commettre à nouveau les mêmes erreurs. Marquer sur le carnet de confiance les nouveaux comportements positifs à mettre en place pour le futur. Puis jeter à la corbeille la feuille volante. C’est une excellente façon de positiver les erreurs tout en évacuant le doute. Terminer en relisant la liste des réussites précédentes inscrites sur le carnet pour se reconnecter à fond sur le positif.

5/ Faire comme si.
Si j’étais en confiance, comment je me sentirais ? Comment je me tiendrais ? Comment je marcherais ? Il s’agit là de reproduire la physiologie exacte de la confiance en adoptant la posture corporelle ( port de tête, regard assuré et droit devant, épaules dégagées, buste droit ) les gestes ( démarche décidée et mouvements sûrs ), le rythme et l’amplitude respiratoire, enfin le tonus musculaire caractéristiques de la confiance. Il faut, tel un comédien, entrer littéralement dans la peau du personnage que l’on veut être : un joueur de tennis en pleine confiance. Il est toujours surprenant de constater la rapidité et l’efficacité en match de la technique du “ faire comme si “.

Antoni GIROD

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